Zoom sur le raz-de-marée « consommation responsable »

Gaspillage alimentaire, emballages éco-conçus, recyclage, valorisation, autant de sujets qui passionnent les français, les poussant à être exigeants, voire militants lorsqu’ils consomment.

Au-delà de la prise de conscience environnementale, ils veulent devenir acteurs du changement : 

 

96% d’entre eux déclarent être prêts à adopter des petits gestes du quotidien pour réduire leur impact environnemental

71% des sondés se déclarent même prêts à changer en profondeur la manière dont ils vivent

(source : étude IFOP pour BRF, 2019)

Pour les entreprises de la consommation hors domicile, il s’agit de mettre en œuvre de véritables stratégies RSE et prouver que leurs efforts portent leurs fruits. Cap sur un monde en mutation, qui cherche à faire du bien à la planète.

La consommation responsable est-elle synonyme de déconsommation chronique ?


Il y a 2 ans, consommer autrement signifiait privilégier davantage les produits éthiques, éco-labellisés… Aujourd’hui, on observe un véritable mouvement pour un changement plus profond. Le regard des consommateurs sur la notion de consommation responsable a considérablement évolué entre 2017 et 2019 (Source : Institut de sondage Yougov pour Greenflex, soutenue par l’Ademe). Les français considèrent que notre modèle de société est à bout de souffle et qu’il est nécessaire de revoir notre façon de vivre en profondeur. Et cela commence par la nécessité de réduire sa consommation (27% des sondés en 2019 vs 14% en 2017).

Conséquence de ce nouveau virage : 44% des interrogés disent limiter un maximum les achats de produits neufs. Cet engouement pour la déconsommation est alimenté par l’attention grandissante des français pour la biodiversité, le réchauffement climatique et la réduction des déchets.

 

La durabilité est donc en passe de devenir le critère d’achat dominant et les français développent une méfiance à l’égard du bio : 82% d’entre eux sont conscients que les produits ne se valent pas tous. Le bio n’est plus perçu comme la solution magique.

Ce contexte de déconsommation booste l’économie collaborative, un système qui repose sur l’échange de biens, de services ou de connaissances, et attire particulièrement la jeune génération : 98 % des 25-34 ans déclarent recourir aux services de plateformes valorisant la consommation collaborative (covoiturage, hébergement entre particuliers, marché de l’occasion, etc.), selon une étude menée par l’ObSoCo (Observatoire Société et Consommation). Cette alternative est née d’un pouvoir d’achat qui fond comme neige au soleil, mais aussi de l’essor du digital. Le fait de ne pas "posséder" permet de se faire davantage plaisir et d’opter pour une solution qui aurait été inaccessible s’il avait fallu l’acquérir.Avec un tel système, tout le monde y gagne et c’est bien cela qui génère un tel succès !

 

Le réemploi a le vent en poupe !

Ça se bouge du côté de l'Alsace, puisque le réseau Alsace Consigne, visant à promouvoir la réutilisation des bouteilles en verre réutilisable, vient de naître. Cette structure, construite par plusieurs entreprises alsaciennes et l'association Zéro déchet Strasbourg (groupe local de Zéro Waste France), ambitionne de mettre en commun les efforts des distributeurs, des industriels et des associations pour promouvoir auprès des consommateurs et distributeurs les systèmes de consigne existants (offres de produits, lieux de distribution, etc.) et pour lever les obstacles au développement de la pratique. 

La fabrication du verre consomme en effet jusqu’à 15 fois plus d’énergie que le seul lavage d’une bouteille (étude Deroche 2009) et émet jusqu’à 80 % de gaz à effet de serre en plus. La réutilisation des bouteilles permet, de plus, d’économiser des ressources précieuses (eau, sable) et d’éviter des déchets car toutes les bouteilles en verre ne sont pas recyclées. La consigne pour réutilisation du verre constitue ainsi une alternative aux emballages à usage unique.

 

La plateforme de vente en ligne « Loop » (boucle en anglais), engagée sur le 0% déchets, fait déjà grand bruit. Le principe est simple : les consommateurs peuvent commander en ligne les produits de leur choix (épicerie, produits d'hygiène, boissons, etc.) avec des emballages consignés.

Une fois les produits consommés, les emballages seront récupérés par un transporteur pour être nettoyés et stérilisés afin d'être réutilisés. Ainsi, il sera possible de trouver du jus d'orange dans une bouteille en verre, du shampoing dans un contenant en aluminium ou encore de la lessive dans une boîte en métal. 

 

Et en consommation hors domicile ?

Dans l’esprit des consommateurs, la notion d’acte d’achat doit avoir un sens et le principe s’applique aussi lorsqu’ils franchissent les portes des établissements de la consommation hors domicile. Pour les restaurateurs, intégrer les piliers de la RSE est devenu un levier de croissance incontournable.

La RSE procure un gain de performance de 13% en moyenne par rapport aux entreprises qui ne l’intègrent pas dans leur stratégie

(source : France Stratégie)

Le saviez-vous ?

Le recours au réemploi (consigné), sous l’impulsion volontaire de metteurs en marché et des distributeurs-grossistes en boissons, est encore d’actualité auprès des cafés, hôtels, restaurants (CHR)

Chaque année, c’est près de 490 millions de bouteilles en verre et plus de de 17 millions de fûts métalliques qui sont ainsi vendus auprès des établissements « service à table » de la consommation hors foyer et permettent d’économiser l’équivalent de 460 000 tonnes de déchets d’emballage à traiter par an.

Le Gouvernement multiplie par ailleurs les décisions et propositions de loi qui vont dans ce sens ; comme le « décret 5 flux » qui oblige tous les organismes de plus de 20 collaborateurs (entreprises, commerces, administrations, collectivités...) qui génèrent plus de 1100 litres de déchets/semaine à trier à la source 5 “flux” : papier/carton, métal, plastique, verre, bois.

l’UMIH (Union des Métiers et des industries de l’hôtellerie) encourage tous les professionnels à s’inscrire dans cette démarche citoyenne qui participe à la pérennité des entreprises.  Si plusieurs millions de tonnes de déchets sont produits chaque année par la restauration, le gaspillage alimentaire n’est que la partie immergée de l’iceberg.

Aussi, l’UMIH a publié deux guides de bonnes pratiques pour lutter contre toutes les formes de gaspillage dans les restaurants et les hôtels
Comment optimiser ses consommations d’eau, ses consommations d’énergie ? Comment opter pour des achats responsables ? Comment limiter sa production de déchets et mieux les gérer ? Comment lutter contre le gaspillage alimentaire ? Véritable mode d’emploi à destination des professionnels, ces guides, élaborés grâce à la contribution de près de 400 chefs et 200 hôteliers, proposent des mesures simples, faciles et rapides à mettre en œuvre pour limiter le gaspillage dans les établissements.

Vaincre le gaspillage : Guide des bonnes pratiques d'hôteliers

Vaincre le gaspillage : Guide des bonnes pratiques de chefs

 

Quant au GNI (Groupement National des Indépendants), il sensibilise aux bonnes pratiques à travers une vidéo pédagogique, visant à accompagner le professionnel dans sa démarche.

 


Mc Donald’s vient de bannir les pailles en plastique de ses établissements français. D’ici le 18 novembre prochain, il n’y aura ni paille, ni couvercle en plastique dans les 1470 restaurants, mais des becs en fibre moulée papier, pour faciliter l’absorption.

Même décision pour Class’Croute, qui, d’ici 2019, proposera uniquement des gobelets et des pailles en cartons. Pour ses contenants en plastique, l’enseigne s’engage à n’utiliser exclusivement que des plastiques issus de matières recyclées ou recyclables. Autre geste intelligent, le choix de ne plus ajouter systématiquement de couverts et gobelets à chaque commande.

 

 

C10 prend aussi part à cette dynamique en proposant une solution alternative aux pailles en plastique. En effet, le réseau de distributeurs-grossistes en boissons sera en mesure de proposer à ses clients CHR des pailles en kraft 100% biodégradables (certifié FSC) ! Et pour une communication efficace auprès des consommateurs, un kit « Bye Bye les Pailles » permettra aux établissements CHR (café, hôtel, restaurant) de sensibiliser leurs clients à une consommation plus responsable.

 

 

A bas le greenwashing !

Les industriels l’ont bien compris. Pour rester compétitif, il est urgent de mettre en œuvre de véritables actions. Pour les acteurs de la boisson, cela commence par revoir leur mode de production et notamment les emballages.

Face à des consommateurs avertis et éduqués sur le sujet, pas question de mettre en avant des arguments écologiques qui ne sauraient être réels, le risque de « bashing » (l’action de dénigrer collectivement une marque) est trop élevé.

 

Pour Orangina Suntory,100% de bouteilles en plastique durable d’ici 2030

Une ambition à la hauteur des efforts produits par le producteur de boissons sans alcool. Les engagements en matière de développement durable vont sans cesse un peu plus loin, en témoigne ce nouvel objectif. Bertrand Delmas, le Pdg d’Orangina Suntory France, commente :

"Nous avons la ferme intention de développer de nouvelles approches pour éliminer les déchets plastiques et réduire notre impact sur les ressources naturelles".

Evian, marque du groupe Danone Waters, ambitionne le « 100% circulaire » en 2025

0 déchets de bouteilles en plastique, telle est l’ambition de l’acteur des eaux embouteillées. Concrètement, la marque va utiliser 100 % de plastique recyclé pour fabriquer ses bouteilles, contre 25 % aujourd’hui. Elle n’utilisera plus de plastique neuf issu de ressources fossiles. Isabelle Sultan, directrice Innovation mondiale chez Evian, se réjouit :

"Il y a encore un an, nous aurions été incapables de prendre un tel engagement, mais les technologies avancent rapidement".

Nestlé Waters

veut certifier d’ici 2025 l’ensemble de ses sites d’embouteillage. C’est avec Alliance for Water Stewardship (AWS), organisme dédié à la gestion durable de l'eau qui fait autorité sur le plan international, que cet engagement sera tenu. Sont concernés 80 à 90 usines à travers le monde.

Consommation raisonnée, synonyme d’abstinence ?

Les producteurs de boissons alcoolisées chassent sur les terres du sans-alcool. En effet, dans l’esprit des français, consommer de façon raisonnée c’est aussi privilégier des produits santé, bien-être et réduire sa consommation l’alcool

Cette tendance à la baisse est particulièrement marquée chez les jeunes, qui, pour autant, ne souhaitent pas être mis à l’écart des lieux de sociabilité et souhaitent donc y retrouver une offre variée et « sans ». La fréquentation des bars et des cafés en témoigne : le chiffre d'affaires des débits de boissons est passé de 120,7 milliards d'euros en 2017 à 133,9 milliards en 2018 (Les Échos, août 2019). 

Les ventes de boissons peu ou pas alcoolisées devraient augmenter de 39% d’ici 2022 (source : étude ISWR, 2019).

Les brasseurs ne cessent de développer leur offre 0% d’alcool avec de nouvelles recettes, toujours plus au fait des nouvelles tendances de consommation.  

Kronenbourg,

Répondant à la demande de naturalité des Français, ainsi qu’à leur envie de modérer leur consommation d’alcool, Tourtel Botanics est une nouvelle gamme de recettes à zéro degré infusées avec de l’orge non maltée, des fruits ainsi que des plantes. Sans colorants, sans conservateurs, sans sucres ajoutés mais également sans édulcorant, cette nouvelle signature se décline sur deux parfums : citron vert/fleur de sureau et cranberry/romarin

 

Heineken, 

Face au succès rencontré par la Heineken 0.0, le brasseur a décidé d’accroître considérablement son investissement et poursuivre son plan d’actions à travers l’extension de son offre et, notamment, le lancement d’une innovation avec Affligem 0.0, la toute première bière d’abbaye sans alcool sur le marché français.

Si le segment du sans alcool représente encore une part relative sur le marché global de la bière, nous croyons énormément en son potentiel de développement. L’offre 0.0 que nous avons lancée sur Heineken et Edelweiss, et que nous allons déployer dès cette année sur Affligem, est une priorité majeure pour nous, car elle répond à des envies d’alternatives et de modération tout en offrant le goût et l’expérience de la dégustation d’une bière. Nous sommes fiers de ces innovations et c’est pourquoi nous investissons massivement pour soutenir ce relais de croissance.

Pascal Sabrié, PDG de Heineken France

Quant aux producteurs historiques de spiritueux, ils revoient en profondeur leur stratégie de développement en prenant de véritables engagements sociétaux et en diversifiant leurs gammes.

Diageo, numéro 1 mondial des spiritueux, vient de prendre une part majoritaire dans les parts de Seedlip, un spiritueux dépourvu de toute trace d’alcool, mais riche en épices.

La qualité, placée au centre des préoccupation des consommateurs, invite la catégorie à plus de transparence quant à l’origine des matières premières.

 

70% des français accordent plus d’importance au critère de qualité, quitte à y consacrer un budget plus important, lorsqu’il s’agit de déguster un spiritueux.

72% des sondés déclarent être plus attentifs à l’origine de production du spiritueux (pays, région et terroir) qu’ils achètent

source : Baromètre Ipsos Whisky Live Paris 2019

 

En 10 ans, ces aspects sont devenus des marqueurs forts de l’expérience d’achat et représentent aujourd’hui un levier de valorisation incontestable pour le produit. Cette adhésion à cette promesse gagnante « qualité » et « éthique » réunit de manière transversale, jeunes et moins jeunes, qui pourtant présentent de vraies différences dans leur mode de consommation.


Une logique également retrouvée chez les acteurs du café : Malongo mise sur un café premium, torréfié à l’ancienne, au sein de son site de production à Nice, et chaque cru est contrôlé tout le long de la torréfaction par des équipes sur place pour obtenir le meilleur breuvage.

 


 

Conclusion :

« Consommer responsable » est donc synonyme d’une nouvelle ère où l’acte d’achat prend une nouvelle dimension et doit faire sens. De nombreux acteurs, du producteur au distributeur et établissement hors foyer, sont déjà en mouvement, portent cette volonté de mieux faire et contribuer à élever le marché de la consommation hors domicile vers des pratiques plus respectueuses des attentes de non-concitoyens et de notre planète.