Les centres-villes de France : le paradoxe

Il y a des signes qui ne trompent pas : près de 7000 cafés, hôtels, restaurants ferment chaque année. Il y avait 600 000 bistrots en France à 1960 ; aujourd’hui on ne compte plus que 30 000 cafés

Source : baromètre France Boissons/CREDOC "comprendre et répondre à la fragilisation de la filière CHR en France"

 

Les commerces de proximité se font de plus en plus rares dans les centres-villes de petites communes qui meurent à petit feu. Les raisons sont multiples : raréfaction des commerces de proximité face aux nombreuses implantations commerciales en périphérie des petites et moyennes communes, volonté de limiter les nuisances sonores, désertification des zones rurales... 

Et pourtant, la volonté des français de renouer avec un lien social aujourd’hui rompu se fait de plus en plus forte. Le café est identifié comme l’acteur principal de pérennisation du lien social et d’animation des territoires. Il constitue un lieu central pour la convivialité dans les villes et villages, et pourtant un tiers des habitants des communes de moins de 5000 habitants déclarent en être dépourvus. La recherche du « retour aux sources » avec le succès de la naturalité, du consommer local, le dynamisme du tissu associatif … Tous les voyants sont au vert pour que le bistrot de village ait à nouveau toute sa place dans les villes et villages de France. D’autant plus que ces lieux de vie sont générateurs de 52 000 emplois directs par an (Source : Crédoc, janvier 2017)mais rien n’y fait, la dévitalisation continue de gagner du terrain. 

Situation complètement inversée pour les centres-villes des grosses agglomérations, qui peut être résumée en un mot : densité ! Et qui laisse place à d’autres contraintes en matière de logistique urbaine : comment répondre aux besoins en matière d’approvisionnement efficient et respectueux de l’environnement de ces lieux de vie et consommation tout en préservant la qualité de vie des habitants de centre-ville ? 

Un paradoxe qui s’installe et creuse un véritable fossé entre les zones rurales et la vie urbaine !

 

Les centres-villes des petites et moyennes communes s’éteignent…

Le Gouvernement, conscient de la disparité croissante entre le dynamisme des grandes agglomérations et celui des petites et moyennes villes, a mis le dossier en haut de la pile pour en faire une priorité. Il est désormais déterminé à aider les maires dans leur volonté de revitaliser leur centre-ville et cela se traduit par le lancement d’une démarche inédite qui s’étale jusqu’en 2022 : le Plan Action Cœur de Ville ! 

Cette approche concerne les communes de 15 000 à 150 000 habitants et vise à relier l’ensemble des parties prenantes liées à l’attractivité urbaine (habitat, commerce, transport, stationnement …) et les acteurs concernés (élus, associations, professionnels des marchés …). 

L’objectif ? Apporter une réponse claire aux villes petites et moyennes qui souffrent d’une dévitalisation croissante et ne parviennent pas à enrayer la situation. L’État se positionne ainsi en facilitateur de projets émanant des collectivités et accompagne la stratégie des Maires qui souhaitent faire renaître leur centre-ville. 

C’est ainsi que 222 villes se sont réunies pour la première fois le 26 juin dernier durant une journée placée sous le signe des échanges et des réflexions, rythmée par plusieurs interventions, dont celle d’Édouard Philippe, Premier ministre et Jacques Mézard, ministre de la cohésion des territoires. Cet événement a été l’occasion de présenter le dispositif et la stratégie mise en place par le Gouvernement pour faire bouger les lignes.

La réintroduction des pré-enseigne en zone rurale

C’est une décision attendue depuis longtemps par la profession, elle est désormais acté : l’Assemblée Nationale a adopté en juin dernier un amendement visant à réintroduire les pré-enseignes dérogatoires pour les CHR situés en zone rurale. Une victoire de taille, comme le rappelle si justement Didier Chenet, président du GNI « nos restaurateurs souffraient de la disparition de ces outils indispensables pour que les clients puissent accéder à nos établissements les plus reculés en province, notamment là où les connexions internet et téléphoniques sont absentes ». Pour certains professionnels, la perte de chiffre d’affaires est estimée à 25% depuis le 13 juillet 2015, date de la décision du gouvernement de retirer les pré-enseignes de la circulation.

 

Les distributeurs-grossistes en boissons, en tant qu’acteurs majeurs de l’approvisionnement des villes et villages de France, portent eux aussi leur pierre à l’édifice.  

Sous l’égide de la Fédération Nationale des Boissons, la profession des distributeurs-grossistes en boissons a récemment édité son livre blanc. Elle y rappelle que les distributeurs-grossistes en boissons sont de véritables centres logistiques urbains privés qui, à partir de leurs entrepôts situés en périphérie des villes, assurent un approvisionnement quotidien du tissu économique local (cafés, hôtels, restaurants, associations, cantines scolaires…) en livrant par la route à très brefs délais, au fur et à mesure des besoins, les produits nécessaires à l’activité de ces lieux de vie ; et que, grâce à leur soutien financier (la profession injecte plus de 500 millions d’euros en prestations et services chaque année dans le circuit CHR), les distributeurs-grossistes en boissons aident les points de vente à s’installer, se renouveler et se maintenir en vie.

Ce document comporte 25 propositions visant à agir ensemble. Parmi les préoccupations, figurent bien entendu celles de la désertification et l’accès au centre-ville. Plusieurs propositions claires et faciles à mettre en œuvre sont apportées pour faire revivre ces communes qui souffrent depuis trop longtemps !

 


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Par ailleurs, France Boissons a lancé son opération Comptoirs & Territoires. Le distributeur-grossiste en boissons organise des tables rondes partout en France entre élus locaux et propriétaires de débits de boissons et restaurants, afin de parler développement et perspectives d’avenir. Cette démarche permet de nouer un dialogue jusqu’alors inexistant entre les deux parties et chacun peut y exposer ses problématiques.

 

Angoulême n’est plus « la ville qui vit en ses images »

Un cri poussé par les restaurateurs de la ville, en grande souffrance depuis plusieurs années. Les chiffres d’affaires chutent de 50% ! La faute aux zones commerciales qui fleurissent et nuisent à l’activité en centre-ville. La raison principale évoquée ? Le stationnement facile et gratuit. 

Une situation similaire vécue par bon nombre de communes de France, que reconnaît volontiers Rémy Pointereau, coauteur du texte adopté par le Sénat le 14 juin dernier, instituant un pacte National pour la revitalisation de quelques 700 centres-villes et centres-bourgs délaissés par la population :

 

les centres-villes et centres-bourgs meurent ; le taux de vacance commerciale atteint dans de nombreuses villes plus de 20%, jusqu’à 29% à Calais et 26% à Vierzon. Plus de 700 villes sont en grande difficulté, plusieurs centaines de bourgs également. C’est que nous avons autorisé beaucoup trop d’implantations commerciales

 

Et pourtant…

C’est indéniable, les Français aiment leur centre-ville ! Pour en avoir le cœur net, l’association d’élus et de parlementaires engagés en faveur du renouveau du commerce dans les centres-villes, a mené une enquête sur ce thème cette année, en collaboration avec son cabinet Clear Channel/CSA Research. 

Parmi les principaux enseignements figure celui d’une véritable prise de conscience par les citoyens, qui voient leur centre-ville décliner chaque année un peu plus et alertent les élus. Certains résistent, continuent de le fréquenter, afin de soutenir les commerces de proximité, mais ils sont bien conscients qu’il faut agir et vite. Les habitants souhaitent un centre-ville humain, où il y fait bon vivre, un esprit de village. Mais aussi, un centre-ville connecté, armé de Wifi et d’écrans digitaux

68% 

des français sont préoccupés par leur centre-ville.

42% d’entre eux estiment que le centre-ville qu’ils fréquentent est en déclin (contre 32% en 2017).

95% 

des français considèrent que cette modernisation doit constituer un objectif pour le maire.

73% 

des sondés se rendent au moins une fois par semaine en centre-ville.

82% 

des français privilégient le centre-ville pour retrouver des proches pour flâner, boire un verre ou faire du shopping.

60% 

des sondés attendent le Wifi gratuit en centre-ville.

Le digital

une opportunité et non une menace ! C’est en tout cas le message que souhaite faire passer France Boissons via son appel à projets « Mon café 2.0 » (une opération poussée par le député du Vaucluse Jean-François Cesarini), qui s’étend jusqu’au 1erseptembre. Destiné aux communes n’ayant plus qu’un seul café sur leur territoire, France Boissons leur propose de présenter une initiative favorisant le lien social tout en intégrant une offre numérique accessible gratuitement. « Quoi de plus naturel que cela passe par le café, point d’ancrage d’un village ! », dixit Loïc Latour, président de France Boissons et vice-président de la FNB. Une dotation de 5000€ sera versée à la commune présentant le projet le plus innovant ! Rendez-vous à la rentrée pour le résultat. 

Une nouvelle génération de professionnels réinvente le café de proximité, où les codes de la restauration commerciale tendance sont repris : une décoration épurée et soignée, des produits de qualité, un bon petit noir et des services tant attendus par les clients : lecture de la presse, Wifi… Certains vont encore plus loin avec la mise à disposition d’espaces de co-working, permettant ainsi au bistrot de proposer une offre tout au long de la journée.

De belles réussites notamment poussées par l’association « Service en Tête », via son opération « Service en Tête Territoires ». Elle s’adresse aux petites communes rurales ou groupements de petits communes porteurs d’un projet d’ouverture ou de pérennisation d’un débit de boissons, accompagnés ou en recherche d’un exploitant. Qu’ils s’agissent d’une création ou de soutien à un établissement existant, le patron recevra des conseils personnalisés d’un expert de l’association Service en tête à toutes les étapes : audit, diagnostic, visite de pilotage, plan d’actions d’amélioration, formations … 

Le CHR bénéficiera également d’un accompagnement commercial avec une aide au financement de matériels d’exploitation (machines à café, matériel de pression…) et à la distribution de boissons et de services (entretien/dépannage des tirages pression et machine à café…).

 

…Tandis que celui des grandes agglomérations suffoque

Dans les grandes villes de France, l’ambiance est toute autre et les problématiques également. Il y est notamment question de dessiner le visage de la logistique urbaine de demain ! En d’autres termes, il s’agit de repenser la mobilité pour désengorger les centres-villes envahis par les voitures, camions, fourmillant quotidiennement dans les rues et impactant considérablement la vie des citoyens, pour qui ces flux permanents génèrent de grosses difficultés en termes de pollution et d’encombrement de circulations. 

 

 

Un sujet pris en compte par Elisabeth Borne, Ministre chargée des transports, qui a affirmé son ambition forte en faveur du développement d’une logistique intégrée au territoire. Elle souhaite donc lancer une série de mesures, intégrées dans la future loi d’orientation des mobilités, qui devrait être prochainement présenté en Conseil des Ministres. Les élus peuvent par ailleurs d’ores et déjà mettre en place des actions telles que l’harmonisation des règlements de livraison et de voirie : élargissement des horaires de livraison voire autorisation des livraisons de nuit, optimisation de l’usage des aires de livraison … Des initiatives portées par des organismes comme Certibruit, association cherchant à encourager le transport nocturne en développant des matériels adaptés (tels que des camions frigorifiques plus silencieux) et en formant du personnel afin de certifier des livraisons respectueuses de la tranquillité des riverains.

 


 

Lors du Conseil de Paris des 20, 21 et 22 mars 2018, la ville de Paris, adhérente de l’association Certibruit depuis 2012, a adopté des mesures d’accompagnement des professionnels parisiens pour développer les livraisons nocturnes silencieuses labélisées.

Convaincue que le déploiement des livraisons de nuit est une solution de logistique urbaine durable, la Ville de Paris vient de mettre en place un dispositif d’aides et de subventions pour réaliser des travaux d’insonorisation, financer la labellisation des points de vente et améliorer le taux d’équipement en véhicules silencieux. La première mesure de ce plan concerne les restaurants parisiens, visant à les encourager à équiper leurs locaux de dispositifs anti bruit et à labelliser leur point de vente permettant des livraisons nocturnes certifiées plus silencieuses. Mais aussi, les transporteurs qui pourront faire l’acquisition de véhicules propres et silencieux certifiés Piek, en profitant d’une subvention. 

D’autre part, les distributeurs-grossistes en boissons, sous l’égide de la Chambre Syndicale des distributeurs-grossistes en boissons parisiens, ont travaillé en collaboration avec l’association Certibruit pour développer une charte de livraison de nuit prenant en compte les spécificités de la profession de distributeur-grossiste en boissons. Elle a pour objectif de faciliter la démarche de prévention contre le bruit et engager un dialogue constructif avec les collectivités. Le riverain est également au centre de la démarche par la mise à disposition d’une ligne d’assistance téléphonique. La charte repose sur divers critères tels que l’utilisation de matériel silencieux ou encore la formation des chauffeurs-livreurs.

 


 

L’enjeu de la livraison du dernier kilomètre

Il est un service à haute valeur ajoutée, qui permet de conjuguer satisfaction client et fidélisation, mais la circulation en agglomération se complexifie, pire, elle devient asphyxiante. Tandis que les élus font la chasse aux particules fines, certains opérateurs, adeptes du modèle de livraison « à la demande », font circuler une flotte de camionnettes inadaptées à la livraison, anciennes, polluantes et souvent à moitié vides.

Et que dire des livreurs en scooter, chariot ou vélo cargo, qui circulent dans cette jungle urbaine et ne contribuent aucunement à la fluidité du trafic !

Nous faisons donc face à une situation totalement contradictoire : la volonté des jeunes « pousses » de livrer en un temps record tout en contribuant à rendre la circulation impossible !

Les distributeurs-grossistes en boissons ont pris cette problématique en compte depuis plusieurs années, forts de leur savoir-faire en optimisation des tournées et logistique retour. Mais ils vont encore plus loin, à l’instar de Tafanel, distributeur-grossiste en boissons francilien, qui a investi dans 14 camions alimentés au GNV (gaz naturel) pour la livraison de ses clients, participant ainsi à la réduction des gaz à effet de serre sur Paris et sa petite couronne.

 

Cozigou s’équipe d’un camion de livraison 100% vert 

Dans le cadre de sa démarche écoresponsable initiée en 2017, le distributeur-grossiste en boissons Cozigou vient de s’équiper d’un camion de livraison fonctionnant au gaz naturel. Le gaz sera produit à l’usine de méthanisation de Locminé (56). Le véhicule sera utilisé essentiellement pour les livraisons de centre-ville, la ou les nuisances des camions sont les plus importantes. L’objectif est d’initier une transition écologique sur la flotte de véhicules.

Les pouvoirs publics semblent donc avoir pris mesure de l’urgence de la situation.

Pour autant, cela n’empêche pas les professionnels logisticiens de chercher des solutions pour revitaliser les centres-villes oubliés tout en optimisant les livraisons en zone urbaine. Une difficile équation qu’il est pourtant indispensable de résoudre !