Marché de la bière et COVID-19 :

entretien avec MAXIME COSTHILES, délégué général de Brasseurs de France

 

Le secteur CHR vit ses premières heures de reprise après plus de 6 mois de fermeture. La bière reste une des consommations favorites des Français notamment lorsqu’ils se retrouvent dans ces établissements. Les confinements successifs des derniers mois ont fortement impacté le marché de la bière, en croissance ces dernières années, et mis sous tension l’ensemble des acteurs de la chaîne, des producteurs de matières premières aux distributeurs-grossistes, et bien sûr les cafés, bars, brasseries.

 

Maxime Costilhes, Délégué Général de Brasseurs de France nous en dit plus.

 

Que représente le marché de la bière en France et quelle place occupe la filière CHR ?

Le marché de la bière en France a renoué avec la croissance en 2014. Les brasseries françaises représentent aujourd’hui plus de 10 000 références de bières différentes, près de 8 000 emplois directs et plus de 100 000 emplois soutenus. Ces trois dernières années, on comptait une création d’entreprise par jour, ce qui place la France au premier rang des pays de l’Union Européenne en nombre de brasseries, tout en restant au dernier rang en termes de consommation moyenne avec 33 litres par an par habitant.

Le marché de la bière est porté depuis plusieurs années par les bières premium, spéciales et spécialités, les innovations des marques leaders comme les bières artisanales et locales. À noter, le développement de nouvelles catégories comme les bières IPA et le redéploiement, ces dernières années, du segment des bières sans alcool, avec de nombreuses nouvelles références : leur part de marché, avec celui du panaché, s’élève désormais à 7,5% du marché total, soit environ 2 litres par an par habitant.

La filière CHR est majeure pour la brasserie et représente 20% des débouchés. À ce réseau de vente, s’ajoutent l’événementiel, les foires, les fêtes et les festivals, pour près de 15% supplémentaires. La bière reste un produit phare du CHR. Ce circuit est la vitrine de la brasserie française, avec la bière servie à la pression qui jouit en France, à juste titre, d’une très belle image en termes de goût et de qualité.

Enfin, la filière CHR, c’est aussi et surtout, avec nos clients distributeurs-grossistes en boissons et établissements CHR, le partage d’une passion commune et de valeurs fortes autour de la convivialité.

 

Quelles sont les conséquences de la crise sanitaire pour les brasseurs ?

Elles ont été, pour nos clients comme pour nous, considérables. Pour le circuit du CHR, on évalue les pertes de volume à environ 50% et pour l’évènementiel à quasiment 100% sur 2020.  

S’il est encore difficile d’estimer clairement la situation de nos entreprises, et comment se déroulera cette année 2021, les défaillances sont pour l’instant faibles grâce aux dispositifs mis en place par l’État pour soutenir les entreprises.  Sans disposer encore de tous les chiffres du marché 2020, on considère qu’une brasserie sur deux est endettée à plus de 100% de son chiffre d'affaires. La soutenabilité de la dette va donc être un enjeu des prochaines semaines.

 

Quelles actions avez-vous menées pour accompagner vos membres et préparer la reprise ? Comment envisagez-vous l’avenir ?

Brasseurs de France a accompagné les brasseurs pendant toute la crise, en négociant des aides pour nos entreprises. Nous l’avons d’ailleurs fait main dans la main avec la FNB et en lien avec les syndicats du CHR.  Le marché de la bière, par la richesse et la diversité de son offre, était très bien orienté début 2020, après plusieurs années de croissance notamment dans le réseau CHD. Nous savons que nous allons renouer avec cette tendance positive à l’issue de la crise. La réouverture des CHR et la tenue des événements, au plus tôt et dans le respect des gestes barrières bien sûr, seront indispensables pour marquer la reprise. Le retour des touristes sera aussi un enjeu important, notamment pour l’Île-de-France et le Centre Val de Loire.

 

Comment avez-vous vécu la réouverture des terrasses le 19 mai dernier ? Comment vous préparez-vous à la deuxième étape, la réouverture de l’intérieur des établissements à compter du 09 juin ?

Les brasseurs, tout comme les distributeurs-grossistes en boissons, relais indispensable auprès du CHR, étaient impatients de retrouver leurs clients et leurs consommateurs, d’autant que la saison estivale approche, période traditionnelle de plus forte consommation de bière chez les Français. Avec la réouverture des terrasses et la fin du couvre-feu à 19 h, nous voyons enfin le bout du tunnel. Nous nous sommes remis à brasser pour conditionner la bière en fûts, ce que nous avions cessé de faire depuis plusieurs mois.

Les consommateurs ont répondu présents à la réouverture des terrasses malgré les conditions météorologiques des premiers jours. Il est difficile de trouver une table pour boire une bière tant les espaces extérieurs sont pris d’assaut ! Ce qui traduit aussi l’envie du public de retrouver ses habitudes de consommation dans les bars et restaurants, de retrouver cette convivialité qui nous a tant manqués tout en respectant les normes sanitaires en vigueur.

La réouverture des salles le 9 juin permettra aux établissements dépourvus de terrasses, et ils sont nombreux, de rouvrir et donc d’envisager une reprise au plus près de l’activité normale prévue fin juin.

 

Enfin, quels sont les grands défis de votre filière pour les années à venir ?

Le premier défi consiste à se remettre de cette crise sans précédent et à retrouver les leviers croissance que nous avions jusqu’en 2020… et pour le CHR, permettre au maximum de nos clients de sortir de cette crise et redonner confiance aux consommateurs pour les faire revenir dans les points de vente.

Ensuite, au cœur d’une filière vaste et dynamique, la brasserie se doit de répondre aux attentes sociétales notamment en termes de développement durable : économie d’énergies, d’emballages, recyclabilité, proximité d’approvisionnements des matières premières, de production locale et de naturalité. Nous y sommes déjà engagés depuis plusieurs années et nous partageons avec nos partenaires grossistes tous les enjeux liés au service des CHR, en milieu urbain surtout, aux transports propres, au réemploi et au recyclage des conditionnements et à l’entretien des installations de tirage pression.

Garantir le choix, la qualité, la proximité au consommateur grâce à un service fiable, efficace et respectueux de l’environnement, c’est le défi majeur que nous avons à relever pour développer la brasserie française dans les années à venir.

Maxime Costhiles, Délégué général Brasseurs de France

 

« La filière CHR, c’est aussi et surtout, avec nos clients distributeurs-grossistes en boissons et établissements CHR, le partage d’une passion commune et de valeurs fortes autour de la convivialité. »