À Auray, Ouest Boissons ferme à nouveau mais veut rester optimiste

 

Avec la fermeture des bars, des restaurants et des discothèques, la société Ouest Boissons implantée sur Brec’h est à nouveau à l’arrêt. Une situation qui inquiète son directeur général Frédéric Pouliquen.

 

Vous êtes fatalement impactés par la crise de la Covid-19. Quelles sont les conséquences immédiates pour vous ?

Nous sommes quasiment à l’arrêt. Sur nos 3800 clients, 99 % sont des bars, des hôtels des restaurants et des discothèques. Autant dire que les 1 % restant soit quelques établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes et quelques hôpitaux ne peuvent en aucun cas faire tourner l’entreprise. Entre le début du reconfinement et le 16 novembre nous avions encore une partie des salariés au travail pour gérer les clients, mais là, c’est terminé. À partir de lundi 235 personnes se retrouveront au chômage partiel pour la deuxième fois dans l’année.


Comment se porte l’entreprise ?

Pour le moment on tient le coup, mais il ne faudrait pas que cela s’éternise. L’entreprise créée en 2008 est solide. Depuis le départ, nous n’avons cessé de racheter différents entrepôts pour développer notre secteur d’influence géographique. Aujourd’hui nous sommes leader en Morbihan et présents dans dix villes de l’Ouest dont Auray qui est le premier dépôt et le plus important.

20 % de nos produits, risquent d’être perdus sans prise en charge des assurances. Ils seront donnés à des associations caritatives.
En 12 ans nous sommes passés de 60 à 240 salariés et nous affichions jusqu’ici une croissance régulière à deux chiffres avec un chiffre d’affaires de 70 millions d’euros pour 2020. Mais aujourd’hui on doit gérer l’inconnu, et une perte de 35 à 40 % de chiffre d’affaires.

 

Comment gérez vous la crise ?

Fermer pour la deuxième fois c’est dur à encaisser. Le premier confinement a été brutal mais nous avons réussi à rebondir dès le retour à la normale. Les bailleurs nous ont spontanément offerts deux mois de loyers et nous avons fait un été très correct grâce à un secteur touristique dynamique. Même au-delà de nos attentes. À tel point qu’il nous a fallu gérer la pénurie de saisonniers avec le personnel de l’entreprise qui a été particulièrement impliqué. Certains n’ont pas hésité à reporter leurs vacances.

 

Pourquoi cette pénurie ?

Généralement l’été est une période intense et nous faisons appel à environ 80 saisonniers sur tous nos entrepôts. Mais cette année, nous n’avions pris que 25 saisonniers, pensant qu’il y aurait moins d’activité. Notamment en l’absence de manifestations comme le festival interceltique qui représente 30 % du chiffre d’affaires de l’été.

 

Et concernant la gestion des stocks ?

Là aussi c’est compliqué. C’est une bagarre au quotidien pour négocier les prix. Nous sommes aussi en contact avec les fournisseurs pour savoir si l’on peut prolonger les dates limites d’utilisation optimale, ce que nous avons déjà fait lors du premier confinement pour éviter d’avoir à jeter de la marchandise et qui réglerait 80 % des problèmes. En revanche, 20 % de nos produits, soit 200 000 € risquent d’être perdus sans prise en charge des assurances non plus. Ils seront donnés à des associations caritatives.

 

Aujourd’hui comment voyez-vous l’avenir ?

Je reste optimiste même si nous ne sommes plus maîtres de notre destin. La première chose est de préserver les emplois. Ce qui m’inquiète le plus ce sont les clients qui risquent de mettre la clef sous la porte. S’ils sont trop nombreux, nous seront impactés. Il faudrait vraiment un Grenelle de la filière restauration.

 

Source : Télégramme, novembre 2020