Champagnes et vins effervescents font-ils toujours pétiller les fêtes ?

Lorsqu’arrivent les fêtes de fin d’année, les champagnes se parent d’une belle robe pour séduire les convives.

Bien qu’ils trouvent leur place à l’apéritif tout au long de l’année (37% des consommateurs de champagne en dégustent durant cet instant de consommation, source : baromètre Sowine/Dynata 2019), les champagnes sont de véritables stars durant le réveillon ; Une période particulièrement attendue par les producteurs en cette année 2019 plombée par une météo médiocre, le mouvement des « gilets jaunes » et les grèves des transports publics. 

« Même si l’ampleur de l’impact est difficile à estimer, il est bien réel », d’après Jean-Marie Barillère, coprésident du CICV (Comité Interprofessionnel du Vin de Champagne), évoquant à la fois la fréquentation touristique à Paris et la baisse de moral des ménages.

Les français ont donc toujours un goût avéré pour les fines bulles et la catégorie qui profitent de cet engouement est celui des vins effervescents. Affranchis de leur image de produit exclusif et haut de gamme, ils sont en plein boom et font sérieusement de l’ombre aux maisons de Champagne. 

Les fines bulles s’émanciperaient-elles ?

Le sommelier, un rôle central dans l’expérience client

Bonne nouvelle, le vin trône toujours fièrement sur les tables des restaurants français puisque les convives apprécient toujours qu’il accompagne leur repas, effervescent ou non. En effet, 1/3 des vins français sont vendus en CHR (café, hôtel, restaurant), d’après la dernière étude Opinion Way.

Mais cette dernière nous révèle un autre enseignement : 85% des convives estiment que la qualité du vin joue un rôle majeur dans la réussite d’un repas au restaurant. Les professionnels ne servent plus de parfaits novices, mais bel et bien des amateurs, curieux de découvrir de bons cépages. Avides de conseils (86% des sondés apprécient que le serveur ou le sommelier leur en donne mais 41% ont peur de demander), ils s’attendent à ce que le personnel en salle les oriente spontanément dans leur choix, afin de trouver le meilleur accord met, vin.

81% des français boivent du vin et parmi eux,

96% en consomment au restaurant et dans tous types d’établissement.

Le prix moyen dépensé pour une bouteille au restaurant est de 31,50€.

Au verre, le prix moyen est de 7,80€.

Le champagne, toujours aussi pétillant en France ?

Depuis plusieurs années, la profession s’interroge : inexorablement, depuis 8 ans, les ventes du vin des sacres diminuent en France (-20% en volumes entre 2018 et 2008, tous segments confondus).

Le marché français ne représente plus que 41,7% du chiffre d’affaires total du champagne (4,89 milliards d’€), avec des expéditions en retrait de près de 4%.

Comment celui qui se targue d’être un produit authentique, 100% français, peut-il soudain subir un tel désamour ? La profession vit depuis 2018 une situation absolument inédite : le champagne est davantage dégusté à l’extérieur de nos frontières. Les ventes dans les pays « lointains » ont augmenté de 2,4% en 2018 vs 2017, soit 79 millions de bouteilles, contre 76 millions en France et en Europe (source : Comité Interprofessionnel du Vin de Champagne, 2019)

Alors pour continuer de séduire et notamment durant les fêtes, les producteurs sortent des sentiers battus. Des vins différents émergent, comme les cépages bios, ceux qui ont une histoire ou des monocépages. Les vignerons se réapproprient leurs terres, mettent en avant leur terroir et transmettent des émotions à travers leur vigne. À l’instar de Mumm, qui élabore depuis plusieurs années, deux monocrus, Cramant et Verzenay, qui constituent désormais le fer de lance de la collection RSRV (cuvées d’exception de la cave Maison Mumm).

 

Thibaut Le Mailloux, du Comité Champagne (CIVC) explique :

" Avec ce retour à la terre, les vignerons sont aujourd'hui des créateurs de vins de terroir, mais il ne s'agit pas d'imiter la Bourgogne, ni de renier l'assemblage, sur lequel la région a bâti sa réputation. Depuis trois siècles, il permet de répondre aux disparités de terroirs et de récoltes en proposant du champagne dont la qualité est supérieure à la somme des qualités des vins assemblés. L'assemblage est un geste d'œnologue qui consiste à marier entre eux des vins aux profils variés, issus de différents terroirs, en s'appuyant donc sur le travail de vigneron."

Cette tendance profite aux bulles italiennes et espagnoles, en plein essor, provoquant une vive concurrence pour le Champagne et les AOP, qui ne bénéficient pas de la progression des volumes. Le prosecco, vin effervescent le plus produit au monde et trois à quatre fois moins cher que le champagne, est un concurrent très sérieux puisqu’il envahit les débits de boissons, notamment grâce au succès du Spritz. Une belle lancée, qui pour 2020, ne risque pas de s’estomper puisque le marché va voir arriver la version rosée.

20 millions de bouteilles de prosecco se sont vendues en France en 2019, tous segments confondus. L'alcool italien reste encore loin du champagne dont les ventes annuelles se chiffrent, en France, à 145 millions de bouteilles, tous segments confondus (étude IRI).

 

 

Giorgio Polegato, à la tête de la maison Astoria, producteur de Prosecco :

"Pour faire du champagne, on utilise la méthode champenoise, la méthode traditionnelle. C'est totalement différent pour le prosecco dont la fermentation se fait dans de grandes cuves en acier et pas en bouteille. C'est un produit que l'on boit jeune, frais, avec plus de sucre que le champagne. C'est d'ailleurs en quelques sortes la chance du prosecco parce qu'il plaît à tout le monde, aux femmes en particulier."

Les pétillants français ne sont pas en reste

Devant cet engouement des français pour les vins effervescents, les régions françaises telles que l’Alsace, la Loire, le Jura et le Limoux abattent leurs cartes en misant sur les notions de produit du terroir, 100% français, issu d’un savoir-faire unique.

Le crémant, pour avoir son appellation, doit être issu d’une vendange manuelle et la prise de mousse se fait en bouteille. Cette méthode de fermentation est une méthode ancestrale, qui permet au crémant de tirer son épingle du jeu.

L’image de produit authentique est un facteur clé de succès ! En témoigne les chiffres : avec plus de 110 millions de bouteilles produites en 2018 (toutes régions de France confondues), soit l’équivalent d’un tiers de la production de champagne, les producteurs peinent encore à répondre à la demande.

 

Les vins sans alcool, opportunistes ?

Les fêtes d’années seront-elles bientôt placées sous le signe du "sans alcool" ? En France, la consommation d'alcool a baissé de plus de 16% sur les 15 dernières années, passant de 18 litres consommés au début des années 2000 par an à 11,7 litres en 2018 (source : Avec Modération).

Les vins sans alcool, qui jusqu’alors séduisaient essentiellement les femmes enceintes et les très jeunes, se font emporter par la vague du healthy, comprenez « manger sain », et élargissent leur champ d’action. Pour les puristes du vin, le terme « sans alcool » paraît hérétique. Oui mais voilà, cette catégorie s’inscrit clairement dans l’air du temps et attire des profils très variés. Les techniques, elles aussi, ont évolué, permettant d’obtenir le rendu d’un grand vin sans passer par la fermentation. Les marques adoptent des packagings similaires aux vins effervescents. Le grand défi désormais, la désaisonnalité. En effet, les vins désalcoolisés sont essentiellement appréciés durant l’été.

 


 

CONCLUSION : Les fines bulles, une catégorie dynamique et en pleine mutation. Le champagne trouve toujours sa place durant les instants d’exception mais au quotidien, ce sont les effervescents qui remportent la mise. Jugés plus abordables et dégustés de façon décontractée, simplement ou en cocktail, ils attirent toutes les générations. Mais les consommateurs, volatiles et changeants, sont aussi attirés par des produits « santé » et « bien-être », si bien que la catégorie se retrouve menacés par les « sans alcool ». Effet de mode ou vague de fond ? Rendez-vous en 2021 pour le savoir !