[Interview Membre Associé] 

Nestlé Waters : « Le réemploi est un savoir-faire que les grossistes en boissons doivent mettre à profit »

Interview de Valérie Lanne

Responsable RSE chez Nestlé Waters France

Pour ce nouvel entretien consacré aux enjeux RSE de la filière Boissons, la FNB donne la parole à Valérie Lanne, Responsable RSE chez Nestlé Waters France.


Protection de la ressource en eau, circularité des emballages, décarbonation de la chaîne de valeur : elle revient sur les engagements du groupe et porte un regard particulièrement fort sur l’expertise historique des grossistes en boissons en matière de consigne et de logistique retour. Un savoir-faire qui, selon elle, constitue aujourd’hui un véritable atout pour accélérer le développement du réemploi.

Propos recueillis en mai 2026

1. Nestlé Waters est membre associé de la FNB et un fournisseur boissons majeur du secteur de la Restauration Hors Foyer. Pourquoi avoir rejoint la FNB ?

C'est avant tout une histoire commune entre Nestlé Waters et la profession des grossistes en boissons.

Une part importante de notre activité auprès des professionnels de la Restauration Hors Foyer repose historiquement sur la consigne, avec des bouteilles en verre réemployables consignées, livrées dans des caisses réutilisables également consignées. Cette réalité, les grossistes en boissons la vivent au quotidien et la connaissent mieux que quiconque.

Rejoindre la FNB était donc naturel. Nous avons besoin d’un espace où industriels et distributeurs peuvent travailler sur leurs enjeux communs ; un espace où les questions de réemploi, de logistique retour et, plus largement, de durabilité de la filière se traduisent par un dialogue concret permettant d’avancer ensemble.

Image : Site de production des Vosges de Nestlé ©HRVPROD

2. Quels sont vos engagements et objectifs en matière de RSE et développement durable ?

Notre cap est celui d’une transformation durable reposant sur quatre piliers : la préservation de la biodiversité, la protection et la régénération des ressources en eau, la circularité de nos emballages et la décarbonation de l'ensemble de notre chaine de valeur.

Notre ambition est d'intégrer la durabilité au cœur de chaque métier de l'entreprise, afin que nos marques renforcent leur attractivité non seulement par leurs résultats, mais également par la preuve de leurs engagements concrets en matière de responsabilité environnementale

En matière d’émissions carbone, le groupe Nestlé s’est fixé un objectif net zéro à horizon 2050. À fin 2025, nous avions déjà réduit nos émissions de 24,5 %, dépassant ainsi notre objectif intermédiaire de 20 %.

3. Comment ces engagements se traduisent-ils plus particulièrement dans votre chaîne de valeur aval ?

Les actions couvrent l'ensemble du cycle de vie.

Sur les emballages, nous souhaitons préserver le caractère premium de nos produits tout en trouvant le bon équilibre entre qualité et réduction de leur impact environnemental. Les efforts engagés entre 2022 et 2024 nous ont permis de réduire de 11 % les émissions liées au packaging. Nos bouteilles PET intègrent aujourd’hui entre 30 et 100 % de matière recyclée, et nos bouteilles en verre en contiennent entre 30 et 66% à ce jour.

Sur la logistique, 30 % des flux de nos marques produites en France sont réalisés par fret ferroviaire. Notre site d’embouteillage Perrier à Vergèze est directement relié au réseau ferroviaire. Les flux en provenance d'Italie pour San Pellegrino sont également assurés pour moitié par le train. Nous avons également développé la mutualisation des transports avec d'autres usines du groupe pour éviter les trajets à vide et poursuivre nos plans de réduction de notre empreinte logistique.

Enfin, sur la ressource en eau, nous investissons dans la régénération des cycles hydrologiques autour de nos sites. Nous travaillons avec l’ensemble de nos parties prenantes dans une logique de bien commun et de pratiques responsables de gestion des ressources en eau.

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4. Quel regard portez-vous sur le rôle des grossistes en boissons dans la filière ? En quoi peuvent-ils contribuer à vos objectifs de durabilité ?

Les grossistes sont nos relais essentiels auprès des points de vente. Sans eux, nous ne serions tout simplement pas en mesure d'assurer la capillarité que nécessite la distribution auprès des acteurs de la Consommation Hors Domicile.

Mais leur rôle dépasse la seule livraison. Ils nous font remonter les préoccupations du terrain, optimisent les derniers kilomètres et gèrent les boucles retour des emballages réemployables consignés.

Pour nous, un grossiste qui électrifie sa flotte de véhicules, optimise ses tournées, et sécurise la récupération des bouteilles vides, est un partenaire qui prolonge concrètement notre démarche de décarbonation bien au-delà de notre propre organisation. C'est quelque chose que nous avons vraiment à cœur de voir se développer.

5. Le réemploi occupe une place croissante dans les enjeux de durabilité de la filière. Comment envisagez-vous la collaboration avec les grossistes pour répondre aux objectifs de collecte et valorisation ? 

Le réemploi fait partie intégrante de notre trajectoire.

Dès 2024, nous avons testé un dispositif pilote en région parisienne avec un opérateur de l’économie circulaire, dans une vingtaine de magasins U et Leclerc, aux cotes de Coca-Cola, Meteor, Eckes Granini et Lorina. Ce qui a le mieux fonctionné en matière de logistique retour, c'est lorsqu’un grossiste en boissons a intégré la démarche, en récupérant les bouteilles vides auprès de la GMS dans le cadre de ses tournées auprès des bars et restaurants locaux.

C’est là que se situe, à mon sens, le véritable potentiel. Les grossistes n'ont jamais perdu leur savoir-faire en matière de consigne. C'est une pratique historique pour la profession, avec une organisation logistique parfaitement maîtrisée et où le geste est rodé. Les grossistes doivent aujourd’hui affirmer cette expertise et devraient proposer leurs services pour accompagner et accélérer le développement du réemploi, y compris sur le marché de la grande consommation. Il existe une véritable opportunité à saisir pour contribuer à l’atteinte des objectifs réglementaires de réemploi à horizon 2030.

6. Quelle est votre perception du label "Grossiste en boissons Engagé" porté par la FNB ? Est-ce pour vous un facteur différenciant ou un critère de choix ?

Ce label est un gage de confiance. Il nous rassure.

Lorsqu'un grossiste est labellisé, nous savons qu’il s’inscrit dans une démarche structurée en matière d'environnement, de conditions de travail, de relations avec ses partenaires. C'est précieux car cela nous permet d'intégrer ces acteurs dans notre propre approche transversale de la durabilité sur l'ensemble de notre chaine de valeur.

En d'autres termes, nous ne voulons pas que notre produit, une fois livré, entre dans une logistique qui ne partage pas nos ambitions. Ce label permet de garantir une continuité de nos engagements. L’ancrage territorial des grossistes en boissons est également quelque chose que nous apprécions beaucoup, car il est complémentaire au travail que nous menons nous-mêmes autour de nos sources.

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7. Quelles formes de coopération ou quelles attentes jugez-vous importantes pour renforcer plus encore la collaboration avec les grossistes ? 

Plusieurs pistes très concrètes peuvent être explorées.

D'abord, travailler ensemble sur les schémas logistiques. Les grossistes disposent d’une expertise que nous n'avons pas en matière de gestion du dernier kilomètre, de maillage territorial et de flexibilité des livraisons. Des modèles de stocks avancés, conçus avec eux, pourraient nous permettre de réduire les ruptures tout en faisant circuler davantage de marchandises par rail plutôt que par route.

Ensuite, nous devons avancer ensemble sur la traçabilité des emballages réemployables. Au-delà des travaux déjà initiés avec GS1, c'est un sujet qui reste à concrétiser sur le plan opérationnel. Or, il est absolument stratégique : si nous ne savons pas combien de fois un emballage a effectué sa boucle, nous ne pouvons pas mesurer pleinement la performance réelle du réemploi.

Enfin, nous devons travailler ensemble dans la perspective de l’évolution des montants de consigne prévue en janvier 2027, afin d’identifier des modalités de transition équilibrés pour l’ensemble des acteurs.

8. Si vous deviez formuler un conseil aux grossistes en boissons pour accélérer leur transition durable, quel serait-il ?

Ne pas sous-estimer leurs savoir-faire, notamment en matière de réemploi et de consigne.Ils maîtrisent déjà les boucles retour, la consigne et la relation de proximité avec les points de vente. Ce sont des compétences rares, construites sur des décennies, que personne d'autre dans la filière ne possède au même niveau.

La question n’est donc pas de savoir s’ils sont capables de jouer un rôle clé dans le développement du réemploi : ils le jouent déjà.

La vraie question est plutôt de savoir comment franchir une nouvelle étape et mettre cette expertise à profit pour accompagner industriels et distributeurs à développer le réemploi en GMS, en proposant de nouveaux services adaptés.

Les objectifs règlementaires de réemploi arrivent vite. Ceux qui auront structuré leur offre de logistique circulaire seront en position de force. Il faut saisir cette opportunité !

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