Fondée en 1932 à Argentat, l’entreprise familiale s’est développée autour de quatre sociétés indépendantes, toutes ancrées dans leurs territoires et engagées dans la démarche « Grossiste en boissons Engagé ».


Héritière d’un savoir-faire historique autour de la consigne pour réemploi des emballages, elle structure son approche RSE autour d’une démarche à la fois partagée et adaptée aux réalités de chaque site : réduction des consommations, reconditionnement du matériel, bilan carbone, formation, inclusion, logistique inversée et lutte contre le gaspillage.

Un engagement construit dans la durée, sur lequel revient Simon Mespoulet, Président de l'entreprise.

Propos recueillis en 2024

 

Pouvez-vous nous rappeler l’histoire de l’entreprise et son engagement dans le label ?

L’entreprise est aujourd’hui composée de quatre sociétés distinctes. Notre société historique, fondée en 1932 par mon arrière-grand-père, est située à Argentat. À l'origine, nous étions négociants en vins. Au fil des années, notre activité s'est progressivement spécialisée : les activités de négociants en vins, bières, limonades et sirops ont fusionné pour devenir des grossistes généralistes dans le secteur des boissons.

L'histoire de notre entreprise familiale reflète aussi plusieurs opportunités de croissance externe qui ont contribué à son développement. En 1995, nous avons acquis une entreprise à Limoges, qui est devenue Mespoulet Distribution. En 2008, nous avons racheté une autre société à Brive-la-Gaillarde, renommée Prolidis. Enfin, en 2013, l'acquisition d'une entreprise à Rodez a permis la création de Mespoulet Boisson Services.

Ces quatre sociétés, toutes indépendantes, font partie du réseau C10 et sont adhérentes à la FNB. Nous avons toujours veillé à conserver les spécificités de chaque entité, afin de respecter les particularités des territoires et des tissus économiques dans lesquels elles opèrent.

Les quatre sociétés sont labellisées "Grossiste en Boissons Engagé" et chacune développe une démarche RSE adaptée à son contexte. Prolidis a été la première à s’engager en 2015, suivie rapidement par les autres entités. À Argentat, nous sommes activement engagés depuis 2018.


Quelles ont été les motivations à l'origine de cet engagement ?

Mon père, Jean-Jacques Mespoulet, a été président de la FNB pendant douze ans, période durant laquelle la démarche de labellisation sectorielle a été lancée.

Au-delà de l'exemplarité qu'impose cette responsabilité, je tiens à poursuivre le travail qu’il a initié et à développer nos activités dans le respect des principes du développement durable.

Cette démarche est pleinement adaptée à notre métier. Elle s'inscrit aussi dans les évolutions de notre monde, en réponse aux attentes sociétales et aux grands enjeux climatiques. Enfin, elle constitue un levier précieux pour se démarquer dans un marché hautement concurrentiel.

 

En quoi la labellisation a-t-elle fait évoluer vos pratiques ?

La labellisation nous apporte d’abord un regard extérieur, qui interroge nos pratiques et nous incite à aller plus loin.

Grâce à cette démarche, et dès lors que nous en faisons la promotion, nous parvenons à fidéliser plus facilement notre clientèle. Nous enrichissons notre gamme de produits pour répondre aux attentes des consommateurs et de la société, en mettant notamment l'accent sur des produits locaux ou issus de l'agriculture biologique. En parallèle, notre offre de produits sous emballage réemployable continue de s'étoffer.

Nous avons également entièrement revu nos consommations énergétiques sur site avec l’installation d’éclairages LED dans nos entrepôts, de réducteurs de flux sur les robinets d'eau, ainsi que le contrôle et la régulation des températures dans les bureaux. Ces actions, simples mais efficaces, nous ont permis de constater rapidement une baisse de nos consommations d'énergie.

Historiquement, nous avons toujours été très engagés en faveur de la réutilisation et du réemploi des emballages. La démarche de labellisation nous a encouragés à aller plus loin en nous intéressant également au reconditionnement et à la réparation du matériel et des installations mis à disposition de nos clients, tels que les machines à café et les tirages pour la bière pression. Ce sujet représente à la fois un défi économique et un enjeu RSE majeur. Il est essentiel de dépasser le réflexe de l'achat neuf pour privilégier, lorsque cela est possible, la réparation, le reconditionnement et le réemploi.

Les mentalités évoluent. Il devient plus facile d'obtenir l'adhésion, aussi bien en interne qu’après de nos clients, d’autant que nous appliquons également ces principes à nos propres installations, notamment en ce qui concerne notre parc informatique et notre téléphonie.

Quelles sont les prochaines étapes de votre démarche RSE ?

L'une des grandes priorités pour 2025 est la réalisation de notre bilan carbone. C’est une étape essentielle pour établir, à terme, des objectifs de réduction ciblés, mais aussi pour répondre aux demandes de certains clients et parties prenantes qui souhaitent mieux comprendre les composantes de leur propre empreinte carbone. Pour nous, il s'agit d'un investissement d'avenir majeur.

Nous avons également décidé de recruter une personne en alternance pour traiter les enjeux de la RSE de manière transversale aux quatre entreprises. Cette personne aura notamment pour mission d’assurer un suivi régulier des actions, du reporting, de la veille et de faciliter le déploiement de nos démarches.
Avec un pilotage dédié, nous sommes convaincus que ces projets avanceront de manière plus régulière, sans subir les fluctuations de l'activité de nos différents sites. Bien entendu, chaque dirigeant des quatre sociétés reste impliqué, tout comme l'ensemble des équipes. Dans un premier temps, nous avons choisi d'opter pour un contrat en alternance dans une logique "gagnant-gagnant" permettant à l'entreprise et au salarié d'apprendre ensemble, tout en consolidant notre positionnement et nos outils de suivi.

Nous étudions par ailleurs la possibilité d'installer des panneaux photovoltaïques sur les toits de nos entrepôts, à la fois pour notre propre consommation et pour la revente d’électricité issue d'une énergie renouvelable. Ces installations pourraient aussi améliorer le contrôle des températures de chaque zone de stockage, en particulier celles dédiées au vin, très sensible aux variations de température.

Enfin, nous poursuivons notre travail sur l'organisation de notre veille réglementaire et administrative. Nous envisageons la création d'une charte des pratiques loyales, éthiques et de lutte contre le risque de corruption.

Nous nous engageons également davantage auprès des territoires et des collectivités pour développer des schémas logistiques à faibles émissions CO₂. À titre d’exemple, la municipalité de Limoges a confié à une société externe la mise en place d'une zone à faibles émissions (ZFE) et a consulté les parties prenantes. Nous avons naturellement intégré le groupe de travail chargé de réfléchir aux modalités d'application de cette ZFE, dans une démarche collaborative qui prend en compte les contraintes opérationnelles des acteurs locaux.


Quels points forts les audits ont-ils permis de mettre en lumière ?

Plusieurs points forts ont été soulignés.

Le premier concerne l’engagement historique de l'entreprise en faveur de l'amélioration continue des conditions de travail.


Depuis sa création, l'entreprise place ce sujet au cœur de ses priorités. En complément des mesures déjà en place, nous avons investi, dès 2023, dans des filmeuses automatiques. Ces équipements allègent considérablement le travail des préparateurs de commande, qui n'ont plus à filmer manuellement les palettes avant leur expédition. Au-delà de rendre les tâches moins pénibles, ces outils réduisent significativement les risques liés aux troubles musculosquelettiques.

Le deuxième point fort porte sur la digitalisation de nos outils de gestion, au service de l’efficacité et de la réduction de notre impact environnemental.
La transformation digitale de nos outils de gestion de la relation client et de nos processus internes nous permet de gagner en efficacité, tout en réduisant considérablement l'utilisation du papier. Ces évolutions améliorent nos délais de traitement, notre réactivité et renforcent notre engagement en faveur du développement durable.

Le troisième concerne la formation et l'inclusion. Nous avons développé notre capacité à accueillir des stagiaires et des alternants. Nous nous engageons également activement en faveur de l'inclusion, avec des collaborateurs en situation de handicap qui représentent 5% de nos effectifs. Chaque année, nous consacrons plus de 3% de notre masse salariale à la formation de nos collaborateurs. Nous finançons, par exemple, certains permis poids lourd, ce qui permet à nos équipes de monter en compétences tout en renforçant leur fidélité à l'entreprise. Cette politique proactive en matière d'évolution professionnelle témoigne de notre volonté de soutenir et valoriser le potentiel de chacun.

 

Quelles actions concrètes souhaitez-vous particulièrement mettre en avant ?

La reprise de l’emballage destiné au réemploi est un savoir-faire historique et reconnu de la profession. Fort de cette expertise, nous avons développé des services complémentaires à haute valeur ajoutée pour répondre aux besoins croissants de nos clients :

  • La reprise des emballages en verre à usage unique. Nous avons mis en place un service dédié à l’aide de caisses réutilisables, spécialement conçues pour s’adapter aux activités de nos clients. Cette initiative, qui vise à augmenter le taux de recyclage des déchets d'emballages, a été lancée il y a plusieurs années auprès de clients pilotes. Grâce à l’implication sans faille de nos équipes, cette démarche vertueuse s’est progressivement étendue. Nous constatons d’ailleurs que de plus en plus de collectivités et d'entreprises considèrent cet engagement comme un critère différenciant.
  • La reprise des huiles de fritures usagées. Ce service a été initié par Prolidis, l’une des sociétés du groupe, avant d’être déployé par toutes nos entités. Très apprécié par nos clients, il répond à un besoin essentiel de gestion des déchets d’huiles usagées. Le principe repose sur la logistique inversée : nous fournissons à nos clients des bidons spécifiques pour la collecte des huiles de friture, récupérés lors des livraisons régulières, que nous stockons dans nos entrepôts. Une société spécialisée se charge ensuite de leur collecte et de leur transformation en biocarburant, offrant ainsi une solution écologique et pratique.
  • La réduction du gaspillage alimentaire. Depuis la pandémie de Covid-19, nous avons noué un partenariat avec la plateforme Too Good To Go afin de lutter contre le gaspillage alimentaire. Grâce à cette collaboration, les produits à dates courtes ne sont plus jetés mais proposés à prix réduit aux consommateurs. Cela permet non seulement de diminuer les déchets, mais aussi d'offrir aux consommateurs la possibilité de découvrir de nouvelles marques ou d'accéder à des produits à des tarifs très avantageux.

 

Quel conseil donneriez-vous à une entreprise du secteur qui souhaite s’engager ?

Je pense qu’il est essentiel de ne pas essayer de mener tous les combats en même temps.

La démarche de labellisation, bien qu’exigeante, devient beaucoup plus accessible dès lors que l'on hiérarchise ses objectifs. Elle offre un diagnostic clé en main, qui permet d'avancer progressivement sans épuiser les équipes en voulant tout accomplir d'un coup.

Le succès réside dans le choix des priorités, en tenant compte des enjeux locaux, des spécificités de l'entreprise, et des compétences des collaborateurs.

Aujourd'hui, certains hésitent encore à se lancer, souvent par manque de méthodologie. Pourtant, le Label constitue un excellent guide pour structurer et orienter sa démarche RSE pas à pas.

 

Découvrez la fiche synthèse ETS MESPOULET

 

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